Bromagus (suite)

MYSTÈRE DES LIEUX-DITS
Oron, «colonia» et ville de… cartes
On ignore si la région d’Oron était habitée à l’âge de la pierre, tant dominaient des forêts refuges de bêtes sauvages. On sait qu’à la fin du XVIIe siècle, des hordes de loups fréquentaient encore la contrée. Toutefois une première mention d’Oron apparaît dans un acte de donation à l’Abbaye valaisanne de Saint- Maurice, selon un conseil tenu en 515 sous la présidence de Sigismond, futur roi des Burgondes.
Les bourgs actuels d’Oron-la- Ville et d’Oron-le-Châtel se situent apparemment à l’emplacement d’une ancienne colonia romaine, nommée Bromago sur l’Itinéraire d’Antonin, une liste de routes – avec indication de distances – de l’Empire romain, datée du IIIe ou IVe siècle.
Rappelons qu’une colonia était une agglomération fondée sur un territoire annexé par Rome et souvent proposée comme lieu de vie à des prolétaires, à des vétérans démobilisés ou à des autochtones vaincus. La colonia jouissait d’une autonomie administrative, chargée de mettre la terre en valeur et de reconstituer une «Rome en miniature ».
Bromago se métamorphose en Viromagus sur la Table de Peutinger, carte routière de l’Empire romain, dont on possède une copie du XIIe siècle réalisée à partir d’un original de 350, aux origines premières encore plus anciennes. Il apparaît qu’Oron était une étape sur la route allant de Milan à Mayence.
En 516 et en 1049, on évoque aussi l’actuelle cité vaudoise par le nom de Curtis Aurorum, littéralement «le marché aux boeufs» et plus généralement l’«exploitation agricole». Curtis, issu du latin cohors, l’enclos, la cour d’une ferme, désignera par extension une exploitation agricole, un domaine rural et un village souvent placés au Moyen Age sous l’autorité d’un seigneur.
Stricto sensu, les noms de Bromagus, de Viromagus et d’Uromagus sont étymologiquement rattachés au latin urus, l’aurochs, le taureau sauvage, le buffle (du germanique Auer), et au gaulois magos, latinisé en magus, qui désigne un champ ou un marché agricole.
Il subsiste toutefois pour nous un mystère «toponymique».
Pourquoi appelle-t-on les habitants d’Oron-la-Ville lè Polaton, les coquelets, et ceux d’Oron-le- Châtel lè Revire-Sèlao, les Parasols ?
François Berger « 24 heures » 1 novembre 2008
Dessin Daniel Will

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