DICTIONNAIRE GEOGRAPHIQUE

DICTIONNAIRE GEOGRAPHIQUE,
STATISTIQUE ET HISTORIQUE
DU CANTON DE FRIBOURG,
F. KUENLIN, FRIBOURG 1832
RUE, page 309 et suivantes
Rue, Ruaz, Rua, Roda, Rotavilla, Rottavilla, Rotteville, Ruw (dans le 16e siècle, on avait la manie d’allemaniser tous les noms propres), préfecture bornée au nord par celle de Romont, à l’est par celles de Farvagny et Bulle, au sud par celle de Châtel net le canton de Vaud, et à l’ouest aussi par ce dernier. Cette préfecture est composée des paroisses de Rue, Le Crêt, Saint-Martin, Morlens, Porsel, Promasens, et des communes des Ecasseys, La Joux, et prés, qui forment une syndicature, et elle contient 5,923 poses de prés, 5,438 de champs, 1,753 de bois, 155 pâquiers ou 813 poses de pâturages, 4,429 habitants, dont 2,251 hommes et 2,178 femmes, 1,101 bâtiments, assurés pour 822,900 francs, un bureau de péage et de pontenage, une station de gendarmerie, 9 auberges, un sous-bureau de péage à Bezencens pour l’entrée des boissons, des détails de sel à La Joux, Le Crêt, Rue, Saint-Martin, 30 inspecteurs du bétail etc. Le préfet réside dans le château de Rue, le tribunal s’assemble les 1er et 3eme lundi de chaque mois, et la direction des orphelins, la seule pour tout l’arrondissement, le jeudi de chaque semaine. La préfecture de Rue, qui a un receveur particulier, et qui est régie par le Coutumier Vaudois, forme le troisième quartier du troisième arrondissement militaire ou de Romont.
Chaque village, chaque petit hameau de cette préfecture était jadis une seigneurie avec ou sans manoir, et toute cette contrée est plus ou moins peuplée de gens qui s’occupent principalement à élever du bétail et à cultiver les champs. L’arrondissement de Rue est en général très élevé, et dans beaucoup d’endroits l’on peut, à volonté, faire couler les eaux des fontaines, des prairies marécageuses ou des sources dans la Broye ou dans la Glâne. Le pays produit d’excellents fourrages, des grains de printemps, mais pas en quantité, très peu de ceux d’automne, et des fruits qui, cependant, ne sont pas forts abondants. Les forêts, ordinairement une des principales ressources des pays montagneux, sont ruinés par la suite d’une mauvaise administration, et un second Kasthofer (son excellent Guide dans les forêts, Vevey 1830, a été adressé gratuitement de la part du gouvernement à chaque administration paroissiale du canton, et il serait à désirer qu’on profita des sages conseils que ce livre populaire renferme) y trouverait bien des abus à réformer, et des nombreuses améliorations à y introduire.
Un usage, emprunté aux Egyptiens, subsistait encore dans toute cette contrée dans le dernier siècle, avec lequel il a disparu, grâce aux progrès de la civilisation, à l’influence des lumières et à l’introduction d’une meilleure instruction élémentaire. Dès qu’une personne était décédée, tous les voisins, habillés bizarrement, le plus souvent comme les grossières et grotesques figure des tarots, se réunissaient dans la maison de deuil. Lorsque l’assemblée était complète, on plaçait le cadavre debout contre un mur ou une cloison de la chambre, et en lui adressant à tour de rôle, ou souvent plusieurs à la fois des questions, des reproches, des censures et même des remontrances, dont le pauvre défunt ne pouvait plus profiter dans ce monde, on lui faisait subir ce qu’on appelait en patois la dzustice daou mau gouvai (la justice de mauvaise conduite), sans penser sans doute que ce limon à forme humaine n’était plus animée d’une âme immortelle, et que c’était devant son créateur qu’elle devait rendre compte de ses actions, et non devant les hommes.
Aucune route principale ne traverse cette contrée, mais les chemins vicinaux y sont nombreux. Il faut espérer qu’avec le temps les communications entre Lausanne et Fribourg auront lieu directement par Romont et Rue, et que l’intérêt général prévaudra sur l’intérêt mal entendu de quelques localités ; car c’est un fait admis, reconnu et prouvé par tous les publicistes qui se sont occupés d’économie politique, que plus les voies de communication sont bonnes, faciles et multipliées dans un pays, plus il est riche et florissant, et que c’est là que l’agriculture, l’industrie, le commerce, les sciences et les arts prospèrent.
Rue, paroisse et commune de la préfecture du même nom, et du décanat de Saint-Henri, contenant 252 poses de prés, 252 de champs, 252 de bois, 346 habitants, 99 bâtiments, assurés pour 119,950 francs, le bourg de Rue ; au Gros-Champ, 2 maisons ; à Plan,1 ; es Planches, 1 ; au Cuaz, 4 ; au Clos-Rosset, 1 ; à Chavanettes, 7 ; à la Broye, 1 avec 1 moulin et une scierie ; à Grange-Rouge, 2 maisons, 1 moulin à tan et une tannerie ; à l’Abergement, 1 maison ; au Champ-de-la-Viaz, 2 ; au Champ-des-Forces, 1 ; sous Roche, 3, 1 moulin, une tannerie et une grange ; es Perlettes, 2 maisons, 2 maisons ; à Chambassauge, 1 ; 1 ; à Grange-Neuve, 1 ; aux Augustins, 1 et un four ; au Printannaz, 1 ; à la Fin-des-Fourches, 1 ; au Crêt-Rienaud, 1 et 7 petits bâtiments dispersés ça et là.
Rue, Ruw, Rotavilla, petite ville municipale et chef-lieu de préfecture, assez mal bâtie, avec un château sur un rocher escarpé, d’un effet très pittoresque, qui sert de résidence au préfet, et d’où l’on découvre la majeure partie du pays de Vaud, et d’où l’on découvre la majeure partie du Pays de Vaud, et ce beau lac, si bien décrit par un poète national dans les vers suivants :
« O vous, que le Léman voit sur ses bords fleuris,
des biens que vous avez sentez-vous le prix ?
Répondez : Savez-vous qu’il n’est d’un pôle à l’autre
Aucun climat plus beau, plus heureux que le vôtre ?
De vastes monts, couverts de vos nombreux troupeaux,
Des vallons, dont l’enceinte est pleine de hameaux,
D’un zéphyr tempéré les fécondes haleines,
Un beau ciel, un air pur, et de fécondes plaines,
Que Cérès et Bacchus décorent tour-à-tour,
Surtout le Liberté !...
Le Montblanc domine ce tableau délicieux avec ses longues chaînes couvertes de glaces éternelles, et à leurs pieds, les Alpes intérieures, dont les formes et les couleurs sont variées à l’infini. En se tournant du côté du nord, les montagnes bleues du Jura, avec les lacs argentés qui baignent leurs bases, semblent souvent confondues avec l’horizon, et l’œil peut les embrasser jusqu’au delà de Neuchâtel. Mais il faut voir ce panorama, nous ne pouvons que l’esquisser, et avec du blanc et du noir et une plume émoussée l’on est un mauvais peintre.
Outre le château, on trouve, dans le bourg de Rue une église (Saint-Nicolas), dont le Gouverneur nomme le curé sur la triple représentation de la bourgeoise, et la famille de Maillardoz nomme le chapelain ; un presbytère, 37 maisons, y compris deux auberges, 2 forges, un moulin à tan, six granges, un détail à sel, un poste de gendarmerie et un bureau de péage et pontenage au-dessus du pont de la Broye.
Selon un note manuscrite de M. l’abbé Girard, « la petite ville de Rue aurait eu pendant longtemps des seigneurs particuliers. Ainsi Rodolphe, seigneur de Rue, renonce à ses droits sur le Dézaley en faveur des moines du couvent d’Hauterive, qui lui comptèrent dix livres dix sols. Un autre Rodolphe, chevalier, était fils de Guillaume ; Cécile, sa femme, et Guillaume, alors leur unique enfant, laissèrent le soin à l’évêque Boniface, de Lausanne, de se prononcer sur les prétentions qu’ils formaient contre l’abbaye de Cottens, Lussy, etc. »
Cette opinion paraît un peu hasardée, et les documents qui existent prouvent, que depuis vers le milieu du XIIIe siècle Pierre de Savoie s’était emparé du Pays-de-Vaud, la seigneurie de Rue dans le comté de Romont a constamment été administrée par un gouverneur ou chatelain au nom de la maison de Savoie ; car déjà en 1287, Rodolphe de Billens, chevalier et bailli de Vaud et Jacques de Belmont, chatelain de Rue, ensuite des ordres de Louis de Savoie, baron de Vaud, consultèrent divers témoins, entre autres les seigneurs Jordan de Blessens, chevalier, Henri de Prés, donzel, Wilhelm Bonetus, donzel, etc., sur les droits du métral de Rue.
Note : Ce que nous avançons repose sur un acte authentique, qui se trouve dans les archives de Fribourg ; ainsi ce que croit M. Girard est erroné, mais il n’est pas le seul qui ait eu cette opinion : car on nous amrqué ce qui suit de Lausanne (1 juin 1828) : « Le château et la petite ville de Rue appartenait anciennement à un seigneur qui en portait le nom, desquels sont descendus les Mestrals, de Payerne, dont les prédécesseurs, en vendant la seigneurie de Rue à la maison de Pesme, comtes de Montmajeur et de Brandis, s’étaient réservés la métralie de Rue, avec cens et dîmes, et autres biens, et ils négligèrent ensuite leur ancien nom de Rue et prirent celui de Mestral. »
Ces droits consistaient « à tenir audience et rendre coignaisance (de se prononcer) sur toutes les clames (plaintes), nonobstant le châtelain, moyennant appel à lui ; de percevoir de toutes les échutes, le 10e denier, de même que les bans (amendes) ; une coupe d’avoine de tous les tènements taillables ; le 10e denier des lods de cette condition ; l’or et l’argent de tous les délinquants condamnés à mort, et remis à lui pour l’exécution, et la 10e partie de ses autres biens existants rière le mandement de Rue, pour laquelle exécution il avait les taillables à son commandement. »
Il y avait au château de Rue deux maisons fortes qui se touchaient ; l’une appartenait aux nobles de Prés, l’autre aux de Pesme ou de Pesmes, seigneur de Brandis, et ensuite aux comtes de Montmajeur, qui possédaient des domaines et des fiefs dans cette seigneurie. En 1333, Pierre IV, comte de Gruyères, Perrod, sire de Vanel, Jean, baron de Montsalvens et ses neveux qui étaient en guerre avec Jean de Roussillon, évêque de Lausanne, parce que ceux de la Tour-de-Trême avaient attaqués Pierre de Rupe, châtelain de Bulle, brûlèrent la moitié de la ville de Rue, après quoi ils firent la paix. Perrod Maillardo, de Rue, reconnaît les terres en faveur d’Etienne de Prés, donzel, commissaire-rénovateur, Wilhelm et Pierre Mistral, de Rue, et Marmet et Rolet de Tavel, descendants de Jordan Mestral, reconnaissent tenir, sous hommage lige, de la maison de Savoie, la métralie de Rue, 1362. L’an 1371, Ansermet de Mollens, demeurant à Rue, léga en faveur de l’autel de Saint-Nicolas un pot d’huile de cens pour la fondation d’un anniversaire.
Note : Dans les Etrennes Fribourgeoises, de 1829, il est dit, page 115, « que la chapelle de Saint-Nicolas fut fondée en 1456 par Pierre Gonel, donzel, qui la dota, entre autre, d’une vigne à Villette », tandis que cette vigne, contenant une pose, avec d’autres rentes en fonds ne furent donnés, en 1456, que pour fonder une messe hebdomadaire tous les lundis.
Perrod de Nervaul et d’autres personnes reconnaissent quelques terres en faveur de l’autel de Saint-Antoine, 1390.
Aymo de Prés, donzel, fit, en 1397, l’acquisition d’une maison à Rue. Le duc de Savoie fait donation à la chapelle de Rue d’une rente annuelle de 14 coupes de froment, de 2 muids et 6 coupes d’avoine, et d’une livre de cire, 1437.
Nicod de Prés, damoiseau, de Rue, nomme pour héritiers ses fils Pierre, Aymo, François et Jean, il les charge de marier leurs sœurs Pervonette et Nicolette, et établit pour leurs curateurs Guido et Guillaume, ses neveux. L’autel de Notre-Dame de l’église de Rue fut fondé par Richard de Préz, donzel ; Nicolas Drochat, qui desservait cet autel en qualité de chapelain, lui devait un cens de 44 sols, mais dont il pouvait se redîmer, 1466.
Trois années auparavant Marmet Maillardo, gouverneur de Rue, avait, au nom de la ville, accensé une place ä Pierre de Prés, pour y établir un grenier. Amédée de Nervaulx, de Prelz, avec le consentement de Jeannette, fill de noble Jean de Billens, reconnaît en faveur des nobles Aymo et Pierre de Prelz, 1469.
Guilhemus de Prés, vend à Jacquet Malle, de Moudon, en franc-alleu divers cens à Rue, 1472. Guillermus de Saint-Cyriaco, curé de Bulle, deait, en 1473, à Pierre de Prés la somme de 32 livres pour l’achat d’une maison à Rue, Jacques Champion, seigneur de Romanens, d’une, et Jean Maillardo, damoiseau d’autre part, font des échanges de cens féodaux à Rotavilla et Romasens, 1494.
Amédée, comte de Savoie, confesse, par une chartre du 15 septembre 1405, devoir, en vertu d’un arrangement, à Eggo (Ego), comte de Kybourg, agissant tant en son nom qu’en celui d’Otto, comte de Thierstein, un cens annuel de 200 florins, à quel effet il lui assigne, par forme d’hypothèque, tous les revenus du château et mandement de Rue. Le comte de Kybourg lègue ses revenus à titre de fief à Conrade de Fribourg, comte de Neuchâtel, vendit cette rente à messire Guillaume de Diesbach, avoyer de Berne, pour la somme de 3000 florins, qui était le capital de rachat. Blanche, duchesse de Savoie, confirma cette vente, avec remise de tout lod, le 23 novembre 1492, et le duc Philibert le 12 février 1498.
Dans la guerre contre la Savoie, la ville de Rue fut prise comme plusieurs autres places, et elle capitula le 25 février et 3 mars 1536, avec deux conseillers accompagnés de quatre soldats sous les mêmes conditions que celles de Romont. L’armée des Fribourgeois était commandée par le capitaine Hans Cuntzi.
Seulement 200 hommes se mirent en marche contre Romont et Rue, le 25 février, et cette entreprise ayant eu plein succès, à l’exception de quelques soldats qu’on laissa dans les villes prises, les autres furent rappelés le lendemain. On remercia le comte de Gruyères de son secours, en le priant de rester tranquille, mais comme Vevey ne s’était pas encore rendu, l’ordre fut sonné, le 27, à la petite armée de rester à Romont, et de renvoyer seulement les mauvais sujets. Cette campagne ne dura que peu de temps, et la conquête du Pays-de-Vaud, par les Bernois et Fribourgeois, fut complète. Avant d’entrer en campagne la troupe avait promis, par serment :
1o. D’obéir à ses chefs, et de ne pas quitter la compagnie sans la bannière ou la permission des capitaines ;
2o. Sur l’ordre reçu, de faire tout le mal possible à l’ennemi ; dans le cas d’un combat de défendre la bannière jusqu’à la mort, et de ne jamais piller avant d’être maître du champ de bataille ;
3o. De ménager tous les prêtres non-armés, les femmes, les enfants, les personnes âgées et infirmes, ainsi que les églises, les couvents et les endroits sacrés, à moins que l’on y trouve l’ennemi ou son bien ;
4o. D’être aussi peu à charge que faire se peut à ses amis et alliés, et de payer convenablement l’écot ;
5o. De ne prendre dans les châteaux et les villes qui se rendront que des vivres, et de mettre le butin dans un dépôt commun (in gemeine Hände) ;
6o. De tuer ses camarades qui prendraient la fuite ;
7o. De prier tous les jours, pour la gloire de Dieu et l’armée céleste, cinq pater et ave ; de s’abstenir de jurer ; de ne provoquer personne ; de ne pas se familiariser avec personne (nimanden zuzutrinken) ; d’oublier toute animosité, et dans les cas de rixe d’avoir égard aux sûretés imposées (Tröstungen) ;
8o. De ne s’associer à aucun corps franc ou de partisans (Bluts-Harst-oder freie Gesellschaft), et d’empêcher toute sédition ou armée secrète ;
9o. De rester de nuit, à tour de rôle, à son poste, d’y veiller et de ne pas le quitter sans ordre ;
10o. D’observer ponctuellement les articles de foi jurés ;
Note : Ces articles de foi (Glaubensmandat) sont en français et en allemand dans une feuille petit in-4 o , et leur but principal était d’empêcher les progrès de la réformation dans le canton de Fribourg. Le 3o article de cette profession de foi était ainsi conçu : « Nous acceptons et confessons avec grand honneur et révérence la sainte Escripture du testament vieil et nouveau, selon l’interprétation et sens d’icelle Eglise Catholique Romaine, et non selon le bon semblant de chescun homme opiniastre. »
Le 13 décembre 1537, le Conseil de Fribourg confirma les droits écrits, les libertés et les bonnes coutumes de la ville de Rue. Pierre Mestrauld (Mestral), ancien avoyer de Payerne, vend, avec le consentement de sa fille Anne, femme de Petermann (Pierre) Zimmermann, de Fribourg, au gouvernement de la république la métralie de Rue pour 500 livres de Fribourg, 2 septembre 1538.
Jean, comte de Gruyères, ayant abandonné, par donation entre vifs, ses biens situés dans le mandement, alors baillage de Rue, à Jean, son frère naturel, le commissaire-rénovateur le somme de les reconnaître en faveur de l’Etat de Fribourg, et refuse d’accepter, comme tènementier capable ce bâtard, 1539.
Jean de Prés, curé jadis prieur de Lutry, vend au gouvernement une grange et un clos à Rue pour 100 écus au soleil, 1554.
L’année 1559, on fit réparer le château de Rue. Comme une partie des ressortissants du château d’Oron demeurait dans la seigneurie de Rue, le gouvernement de Berne, en réservant la haute, la moyenne et la basse juridiction, consent que les causes portées en appel puissent être jugées à Rue, en ensuite à Fribourg, 1561.
On accorde à la ville de Rue l’impôt sur les boissons pour dix ans dans tout le baillage, 1579 ; en 1584, pour 5 ans, et en 1600 et 1605 pour toujours, ainsi qu’en 1666 à cause des forêts du Devin dans la Joux-des-Ponts, où elle avait un droit de coupage, auquel elle renonça pour l’échanger contre celui dans la forêt de l’Ardraz, 1658, mais sur laquelle la commune de Vuarmarens obtint ce droit, de manière qu’on compensa cette perte par la concession de l’ohmgeld. Par l’arrêté du 11 mars 1805, la ville percevait les 3/5 de cet impôt sur les deux auberges de la ville, et les 3/10 sur celles du reste de l’arrondissement. D’après l’art. 10 de la loi du 27 janvier 1820, une indemnité est accordée à la ville de Rue, et cette indemnité consiste en une rente perpétuelle de 410 francs 5 batz (arrêté du 12 décembre 1822, mis en exécution le 1er janvier suivant).
Une sentence du 3 mars 1587 confirme à messire de Montmajeur, seigneur de Brandis, la rente de 14 coupes de froment, de 2,5 muids d’avoine et d’une livre de cire que Louis de Savoie avait assigné, en 1317, à ses ancêtres sur le château de Rue. Melchior Théodore, comte de Montmajeur, baron de Villarsel, et son frère Balthazar-César, baron de Pardessus, et Jacques-Landeric, baron de Brandis, vendent au gouvernement de Fribourg leur château prés de Rue avec tous leurs droits, ainsi que les dîmes de Brenles, Vuarmarens, Prés et Chapelle-sous-Gillarens, pour le prix de 10.000 écus au soleil, 1589, ou 6000 écus (3 février).
La même année et la suivante le Conseil vendit l’ancienne maison, une forêt et quelques prés, et fit réparer le château. L’an 1594, les Augustins possédaient près de Rue une métairie qui a conservé leur nom, à quelle époque les ressortissants du baillage durent leur faire les charrois nécessaires pour activer une bâtisse qu’ils avaient entreprise.
Jean, fils de Wendelin Meyer, donzel, de Rue mourût en 1600, à la fleur de l’âge, sans enfant, sans testament et sans le moindre écrit de sa part ; mais comme il avait dit de son vivant, que son intention était destiner sa succession à la fondation d’un hôpital, le notaire Perriard reçut les dépositions de plusieurs témoins, ensuite desquelles le Conseil de Fribourg, par sentence du 19 septembre 1601, ordonna la ponctuelle exécution de la volonté du généreux Meyer, en réservant, toutefois, la jouissance de ses biens à sa mère. Le couvent de la Part-Dieu possédait, en 11617, des droits féodaux dans le baillage de Rue. Une procédure fiscale fut instruite, l’an 1627, contre Françoise Dovat, de Macaron (cercle d’Oron), pour avoir travaillé, le jour de la fête de Sainte- Magdelaine, dans la juridiction de Rue. Le bailli de Rue reçut l’ordre, en 1629, « de faire confisquer les pièces subhastées, sur lesquelles on retire des censes (cens) excessives ou pensionnaires (?) ; item, de surveiller soigneusement les personnes soupçonnées être sorcières ». Pierre d’Estavayé, seigneur de Méxières, vend à l’Etat de Fribourg la huitième partie d’une dîme, et des cens dans le baillage de Rue pour 3000 fl.L. et 6 écus d’empire, 1631.
Dans le premier trimestre de l’année 1635 un grand incendie consuma la majeure partie du bourg de Rue. D’après une sentence du 17 février 1651, chacun devait, à proportion de ses pièces de terre et du nombre de son bétail, faire des charrois et corvées dûs, et lorsque les paysans les plus rapprochés auront labouré les champs du domaine du château, les autres pourront acquitter les corvées avec 8 bz. ; un charroi de bois avec 10 , un autre charroi avec 4 ; une livre de cire avec 12 bz., et un chapon avec 5 bz. Un échange de fiefs et de cens fut effectué, en 1665, entre les Etats de Berne et Fribourg provenant d’un côté, du château d’Oron, et des couvens de Hautcrêt et de Payerne, et, de l’autre côté, des châteaux de Surpierre, de Vuissens et de Montagny. Sur la représentation de ceux de Rue, auxquels depuis cet échange on faisait payer les cens en bonne au-lieu en petite monnaie, il fut décidé que pour les fiefs cédés par L’Etat de Berne, ils les acquitteraient comme par le passé, et pour les autres comme cela s’était pratiqué par le passé, et pour les autres comme cela s’était pratiqué jusqu’ici, 6 mai 1667.
Le gouvernement ou son bailli étant autorisé de prendre les chênes dans tout le baillage, la commune de Montet devra livrer à ce dernier celui qu’il demande dans la forêt des Indivis, 1669.
On établit un marché hebdomadaire à Rue, en 1586, puis en 1750, enfin en 1765, outre deux foires. Maintenant ce marché, qui tombe sur le jeudi, n’existe que sur le papier, et les foires sont au nombre de 9 ; savoir : le 1er mercredi de février ; le 2ème mercredi de mars ; le dernier mercredi d’avril ; le jeudi avant le 11 juin ; le 4 ème mercredi de juillet ; le 4èeme jeudi d’août ; le mercredi après la Saint-Matthieu ; le 4ème mercredi d’octobre et le 3ème jeudi de décembre.
Le couvent d’Hauterive était exempt du péage de Rue pour son vin de la Vaud, 1753. En 1773, on fit rebâtir un pont sur le ruisseau appelé Revignolaz.
Les armoiries de la ville de Rue sont un écusson moitié azur, moitié gueule chargé au milieu d’une roue d’or.
Les comtes de Savoye avaient accordé à la ville de Rue un droit de patronage pour le pont de l’Abergement et celui de la Broye, pour 10 ans, en 1351, et pour 20, en 1376 ; dès lors cette concession fut continuée et perpétuée. Par décret du 16 juin 1824, le Grand Conseil a acheté ce droit pour la somme de 800 francs et le 7 janvier 1825, le Conseil d’Etat a réglé et arrêté le tarif de ce droit, et accordé différentes facilités aux habitants de la contrée pour leurs relations journalières et l’exploitation de leurs terres.
Nous croyons devoir terminer cet article par le fait suivant, qu’on peut regarder comme une relique du bon vieux tems.
Parmi plusieurs procès criminels instruits à Rue contre des sorcières, nous citerons seulement quelques traits de celui dont s’est occupé, dès le 1er mars 1634, spectable, sage et prudent seigneur Jost Ammann, bourgeois de Fribourg, moderne bailli de Rue, contre Mia Varmy, veuve de Jacques Blanche, d’Ecublens. Interrogée sa vie déportée et ses forfaits, elle confessa peu de chose, et avoua entre autre qu’elle avait eu un enfant naturel avec un valet. Le lendemain ayant de nouveau été mise à la question (seconde levée) elle confessa qu’il y a 18 à 20 ans elle rencontra au lieu dit ès-Mollients un grand homme noir, qui l’égratigna à la tête à cause de jurements qu’elle avait proféré, et elle lui promit obéissance ; c’était le diable appelé Gabriel, avec lequel elle venait de faire un pacte. Deux années après, il alla chez elle pour lui demander des agneaux, qu’elle lui donna quelque tems après, l’un au-dessus du village, l’autre devant la ville de Rue ; pour pouvoir les prendre, le démon s’était transformé en grande perche. Une autre fois l’homme noir promit à Mia de la rendre riche, très riche ; il lui donna une grande quantité d’argent, mais en réalité il n’y avait que deux sols en bon or, le reste était des feuilles de chênes sèches. Elle se donna au diable aux Molliens, en renonçant à Dieu, en prenant Gabriel pour son maître, et en lui rendant hommage à la façon indienne ; il l’empoigna par le cou, où elle était marquée. Près de Granges, Gabriel donna à Mia de la poudre pour tuer gens et bêtes. Nous indiquerons seulement les danses nocturnes ou sabbats (Schetta) près du pont de la Broye, à Montet, entre Granges et Villeneuve et ailleurs. Dans l’un de ces bals, on dansa autour d’un feu bleu où l’on mangea les bêtes tuées et rôties, et dans l’autre on but du cidre et de la liqueur qui ressemblait à de l’urine de jument (Note :Dans certains endroits, surtout de la montagne, les femmes qui s’adonnent à la boisson appellent encore ainsi l’eau de vie, surtout lorsqu’elle est colorée pour imiter le cognac, du pissa de l’éga).
Quelques sorciers et sorcières étaient masqués ; deux petits diables attisaient le feu en sautillant autour. Le diable demanda à Mia ses enfans, mais elle ne voulut pas les lui donner. Lorsqu’on la tortura pour la troisième fois avec un poids de cent livres, elle avoua qu’elle avait fait périr un veau et une chèvre à Granges, un enfant à Estavayé-le-Lac, une chèvre et un chat à Villars-Bramaz et plusieurs autres enfans et animaux. A cet effet, il suffisait de mettre une certaine poudre dans du sel, du pain ou des poires èches (schétzeron) ou de prendre une certaine racine, obtenue du diable, dans la bouche, pour empester son haleine. Pour endommager les arbres et les blés, Mia, instrument toujours docile du maître, frappait seulement l’eau du bassin d’une fontaine avec une verge blanche, et aussitôt un nuage s’élevait et se changeait en grêle ou en gelée. Au moyen d’un certain poil que lui donna encore le maître et dont elle s’enveloppa, elle pouvait se métamorphoser à volonté en loup et tuer impunément des jumens, chevaux et chèvres qu’ils mangeait alors ensemble, Enfin, après qu’elle eut été torturer à plusieurs reprises, elle avoua encore, qu’elle avait eu quatre fois la compagnie de Gabriel, mis qu’il était froid comme la glace.
« Tout est vrai et véritable » s’écria-t-elle, « je veux vivre et mourir en chrétienne, que Dieu et nos souverains seigneurs m’accordent la grâce et merci que j’implore » !
Condamnée par sentence du 15 mars 1634 à être brûlée vive sur un bûcher, sentence qui fut confirmée le 17, Mia Blanche, née Marmy, victime de la superstition, de l’ignorance et d’une vie déréglée, fut exécutée le 20, à quelle occasion on la tenailla encore dans deux endroits sensibles, afin de lui faire avouer tous ses complices !

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