Rue, un résumé de son histoire (M. Oberson)
RUE UN RESUME DE SON HISTOIRE
M. Oberson, 2 juillet 1962
LA SEIGNEURIE
Qui ne connaît la silhouette de la ville et du château de Rue qui se profilent sur la vallée de la Broye, à droite en sortant du tunnel de Vauderens ? Cette situation romantique à souhait provoque toujours l’admiration, mais bien peu de voyageurs ont eu l’occasion de visiter cette petite ville parce qu’elle est à l’écart des voies de chemins de fer et des routes de grandes communications. C’est précisément cet isolement qui lui a permis de conserver son caractère et de ne pas être trop enlaidie par des constructions standardisées modernes.
Rue est située au centre d’une contrée dans laquelle on a trouvé de très nombreuses ruines romaines : à Moudon, Carrouge, Mézières, Ferlens, Oron, dans le canton de Vaud ; Villangeaux, Ecublens, Promasens, Arlens, Mossel, Bionnens, Ursy, Vuarmarens, dans le canton de Fribourg. Mais aucune ruine romaine n’a été découverte à Rue même, ce qui ne veut pas dire que cet emplacement si facile à fortifier n’ait pas été utilisé par les Romains.
Le nom de Rue est mentionné pour la première fois dans la célèbre Pancarte de Rougemont, du 1er août 1155, énumérant les donations faites à ce prieuré dès sa fondation ; y figure comme témoin Nantelmus de Rota. La seigneurie de Rue appartenait au XIIIe siècle à la famille de Rue, qui en partageait l’exercice entre ses membres, comme cela était fréquent dans le Pays de Vaud. La famille des sires de Rue subsista jusqu’au milieu du XIIIe siècle : Rodolphe III le Jeune (1221-1251), parents (cognati, cousins), ont été ensemble les derniers seigneurs de Rue.
Les premiers suzerains de Rue furent les comtes de Genevois, dont les droits passèrent en partie à Aymon de Faucygny par sa mère, Contesson, qui était fille du comte Amédée I de Genevois. Et c’est ainsi que le fief de la branche aînée des sires de Rue dépendit des Faucigny, tandis que celui de la branche cadette relevait des comtes de Genevois.
Par sentence arbitrale du 28 juin 1250, le comte Guillaume de genevois fut condamné à verser une indemnité de 10.000 mars d’argent à Pierre II de Savoie, le Petit Charlemagne, pour liquider toutes les difficultés pendantes entre eux, et à donner en hypothèque tout ce que la maison de Genevois possédait entre l’Arve et la Dranse, la Cluse de Gex et le pont de Bargen, et spécialement Rue et Les Clées.
On devine la politique très habile de Pierre de Savoie qui, par ses alliances de famille et par les jugements qu’il savait obtenir, étendait son influence et son pouvoir dans le Pays de Vaud. En janvier 1251, il recevait l’hommage de Rodolphe III de Rue, le jeune, pour le château de Rue et Promasens ; en 1260, par suite d’une sentence arbitrale de Jean de Cossonay, évêque de Lausanne, qui lui était tout dévoué, il obtenait de Jean, fils de Rodolphe le jeune, la seigneurie directe de Rue. Quant aux droits de la branche cadette, ils passèrent à la famille d’Ecublens : le fils de celui-ci céda tous ses droits sur Rue à Pierre de Savoie en 1262.
La seigneurie de Rue était assez étendue : elle comprenait le château et la ville de Rue, Promasens, Ursy, des droits importants dans toute la contrée, à Vuarmarens, Montet, auboranges, Villangeaux, Mossel, Chapelle, Blessens, Prez, Progens, Bouloz, Leffrens, Besnecens, Bussigny, Morlens, Semsales, Saint-Martin, Mézières etc… Les sires de Rue possédaient encore les dîmes de Thierrens, Saint-Cierges, Ogens, Pailly, Mont Saint-Martin, Saint-Pierre d’Arconciel, Ecoteaux, Promasens, Mézières, Mailly et Palézieux, pour lesquelles ils prêtaient hommage au sire de Belmont, qui à son tour relevait, pour ces droits, du sire de la Sarraz. Par la suite de l’hommage prêté en 1251 par Ayman de la Sarraz à Pierre de Savoie, ces droits relevèrent dès lors de la maison de Savoie.
Comme dans maintes seigneuries importantes, il existait à Rue des ministériaux, soit de hauts fonctionnaires, métraux, et sénéchaux, à qui ces offices avaient été inféodés. Il est possible que ces officiers aient appartenu à la famille des seigneurs de Rue, mais rien ne peut l’établir, pas plus qu’un lien de parenté entre eux. Cependant, dès 1277, la métralie appartient à une famille dont la généalogie a été établie : les Métral de Rue, devenus dans la suite les Mestral de Combremont, famille encore existante.
Les droits des Métral de Rue ont fait l’objet d’une enquête qui a été consignée dans un acte de janvier 1288 ; il tient la justice à Rue et dans le mandement, il perçoit 6 deniers par clame (jugement), le dixième denier des bans et tailles, une coupe d’avoine par homme taillable, une coupe de vin de chaque nouveau bourgeois qui lui prête serment et de chaque homme qui achète la messellerie. Ces mêmes droits sont encore énumérés dans l’hommage prêté en 1363 à Amédée VI, comte de Savoie, par Guillaume, métral de Rue.
Cette métralie fut vendue à fribourg en 1538, donc peu après la conquête du Pays de Vaud, par Pierre Métral, qui était établi à Payerne. Girard, frère de ce Pierre Métral, acheta la seigneurie de Combremont-le-Petit en 1553. Depuis ce moment-là, la famille porta le nom de Mestral de Combremont.
Les famille de Pesmes, de Montmayeur, de Brandis et de Prez possédaient également des droits importants sur Rue dont on ignore l’origine, et qui furent vendus à fribourg en 1589. Dès que Pierre de Savoie fut maître de la seigneurie, il y installa un châtelain, dont les comptes sont conservés dès l’année 1271 aux archives d’Etat de Turin, et dont les archives de l’Etat de Fribourg possèdent en partie des copies.
LE CHÀTEAU
Le château de Rue est construit sur un éperon rocheux très escarpé de trois côtés ; le quatrième côté de la colline qui permet l’accès au château et où se trouve le donjon, présentait un fossé profond qui en assurait la défense et qu’on franchissait par un pont-levis, remplacé aujourd’hui par un pont de pierre.
Il est mentionné pour la première fois en 1155, dans un accord conclu entre les moines de l’abbaye de Hautcrêt et Garnier de Palézieux : cet accord fut discuté au château de Rue, dans la maison du métral Pierre, et terminé dans le pré en l’abbaye et la Biordaz.
Il était alors certainement construit en bois, comme la plupart des châteaux de cette époque, sauf le donjon qui en assurait la protection du seul côté accessible. Ce donjon est celui qui existe encore. Sa forme carrée est caractéristique du XIIe siècle ; l’entrée se trouvait primitivement au premier étage et l’on y accédait par un escalier en bois ou une échelle.
Ce château fut démonté, ou tout au moins fortement endommagé en 1237 lors de la guerre entre le comte de Genevois et Pierre II de Savoie, et Aymon de Faucygny fit défense de le reconstruire pendant 25 ans. Il fut de nouveau assiégé en 1241, cette fois par l’évêque de Lausanne, Jean de Cossonay, ce qui semble bien démontrer que sa destruction ne fut pas complète en 1237. Lors des guerres de Bourgogne, il tomba au pouvoir des Confédérés en octobre 1475, pour être repris par le comte de Romont en 1476 et à nouveau être conquis par les Suisses après la bataille de Morat. Il fut restitué à la Savoie par le comte de Fribourg le 12 août 1476, mais la remise effective n’eut lieu qu’en 1478. Il allait devenir définitivement fribourgeois en 1536.
L’enceinte du château est assez vaste, de sorte qu’elle contenait non seulement la demeure du seigneur, puis du châtelain savoyard, ainsi que les communs, mais encore divers bâtiments et habitations. Nous avons vu qu’en 1155 il y avait encore la demeure du métral Pierre. Au XIVe siècle, cette enceinte contenait la maison d’Aymon de Prez, celle de la famille de Pesmes, celle du métral de Rue et celle du châtelain de Savoie.
Après la destruction, ou les déprédations de 1237, le château ne fut guère reconstruit, tant en raison de la défense faite cette année-là qu’à cause de l’insécurité générale. Aussitôt qu’il fut maître de la place – la défense de reconstruire n’avait évidemment plus d’effet à l’égard du souverain incontesté du pays – Pierre de Savoie entreprit la remise en l’état, ou peut être la reconstruction en pierres du château.
Les comptes des châtelains nous permettent de nous rendre compte, dans une certaine mesure, de l’avancement des travaux. En 1272, la salle supérieure (salon actuel) n’était pas encore terminée, ni même couverte. Dans le compte de 1271-1272, on mentionne deux salles, une cuisine, un cellier, un grenier, un puits, le verger de « Madame » et la cuisine, on refait le fornel et la borne.
En 1306, la chapelle est terminée et Richard de Prez y fonde en autel.
Entre les années 1359 et 1400, et en 1463, les pièces principales des appartements sont une grande et une petite cuisine ; à côté de la cuisine, le pelum (payou) et la salle inférieure ; sur la cuisine est la stupha (en allemand, la Stube), le retrait de la chambre du comte, puis la chambre du comte elle-même ; la salle supérieure et au dessus de celle-ci une autre chambre.
En 1377, on fit une dépense considérable pour recouvrir tous les toits du château et de la tour : il fallut acheter 150 000 bardeaux, ce qui coûta 58 livres.
Après avoir connu les vicissitudes des guerres de Bourgogne, le château ne devait pas être en fort bon état lorsque Fribourg voulut y installer son bailli en 1536. Celui-ci y résida cependant pendant quelque 80 ans, sans que l’on procédât à de grandes réparations. En 1615, le Conseil de Fribourg chargea Ulman Heydt, qui partait pour le Dauphiné au service du roi de France, de visiter en passant le château de Rue, et de voir ce qu’il y aurait à y faire, car « il y a lieu de la rebâter entièrement, afin d’en faire une place de sérieuse résistance à l’ennemi en cas de guerre et un abri sûr pour les gens du pays. »
Les travaux ne commencèrent qu’en 1619 et furent activement menés en 1620 ; à la fin de cette année, on avait alors dépensé 12.660 livres. Les travaux ne furent achevés qu’en 1630, et on avait alors dépensé en tout près de 24.000 livres, ce qui est une somme importante. Depuis lors, l’état du château n’a guère été modifié.
LA CONQUETE FRIBOURGEOISE
Lors de la conquête du Pays de Vaud par les Bernois, en 1536, Rue lia son sort à celui de ses voisins, Moudon et Romont. Lorsque ces trois villes apprirent, le 23 janvier, l’arrivée des Bernois à Payerne, elles envoyèrent une délégation commune auprès des chefs de la troupe afin de parlementer, mais Jean-François Naegeli, le capitaine bernois, fut intraitable : il exigeait la soumission pure et simple des trois villes. Les députés rentrèrent chez eux et, alors que Romont décidait de résister, Moudon et Rue, estimant toute résistance inutile, envoyèrent serment de fidélité à Naegeli le 25 janvier, près de Démoret.
Mais, l’attitude de Romont avait éveillé des regrets chez les gens de la seigneurie de Rue, qui n’était guère satisfaites de devenir bernois. Ils en voulaient spécialement à Pierre de Prez qui avait prêté serment de fidélité au nom de la châtellenie. Pierre de Prez fut molesté par les paysans et dût se réfugier à Moudon. Cette ville, craignant d’être attaquée par les ressortissants de Rue, appela son nouveau souverain à son secours.
Les événements traînèrent une quinzaine de jours. Berne désirait ardemment la participation de Fribourg à la conquête du Pays de Vaud afin de ses concilier les cantons catholiques et envoya une députation à Fribourg, le 14 février, pour lui offrir la prise de Romont et de Rue, moyennant aide pour la prise d’Yverdon. Les Fribourgeois répliquèrent qu’ils ne voulaient pas participer au siège d’Yverdon et qu’ils voulaient conquérir seuls les villes de Romont et de Rue.
Des pourparlers s’engagèrent entre Fribourg et Romont, mais sans résultat : une première déclaration de guerre fut notifiée à Romont le 16 février déjà, mais on continua à discuter pendant quelques jours encore, et le 24 février, Romont fut sommé de se rendre et de donner une réponse précise le lendemain au plus tard. Effectivement, une nouvelle déclaration de guerre fut envoyée le 25, et une petite troupe fribourgeoise, 200 hommes, se mit en marche : Romont ouvrit ses portes et se rendit le soir même. Le même jour, Rue se soumettait aussi aux Fribourgeois.
Les actes de reddition des villes conquises à ce moment-là sont tous rédigés en termes analogues. Les gens de Rue se soumettent à Fribourg et lui prête serment de fidélité, parce que, Berne était en guerre avec le duc de Savoie, seigneur de Rue, celui-ci n’a envoyé aucun secours à Rue. D’autre part, Berne a conquis plusieurs villes du Pays de Vaud . Rue court ainsi de grands dangers, non seulement dans ses biens mais aussi quant à sa religion. Les Fribourgeois offrent leur protection pour éviter ces dangers, précisant que Rue serait rendue au duc de Savoie si celui-ci obtient la restitution de la plus grande partie du Pays de Vaud.
Par cet acte, Fribourg s’engageait à observer les « libertés et les franchises, bons us et bonnes coutumes, escriptes et non escriptes » de la ville comme le firent du reste les Fribourgeois pour toutes leurs conquêtes. Effectivement, rien de fut modifié dans l’administration communale, si ce n’est que le châtelain savoyard fut remplacé par un bailli fribourgeois, et le droit vaudois fut appliqué à Rue jusqu’à l’entrée en vigueur du code civil fribourgeois (1834-1849).
Cette confirmation de libertés et de franchises de chaque ville, de chaque territoire conquis ou acquis, explique la diversité extraordinaire des organisations municipales de notre canton jusqu’à la chute de l’ancien régime, ainsi que de la diversité des droits applicables. On peut s’étonner aujourd’hui de ce qu’un régime aussi fort que le patriciat fribourgeois n’ait pas voulu unifier ces institutions, ce qui aurait, sans aucun doute simplifié l’administration ; d’autre part, on se concilia ainsi les populations soumises ou acquises en ne modifiant pas leurs habitudes, et, d’autre part, le serment prêté d’observer les franchises et coutumes locales enlevait toute idée de modifier ces institutions.
LA VILLE ET SES FRANCHISES
La ville de Rue s’est construite et développée au pied et à l’abri du château. Elle ne comporte qu’une rue qui épouse le pourtour de l’éperon rocheux qui supporte le château. Il est très difficile d’en discerner l’origine, faute de documents. Les villages voisins sont certainement plus anciens, comme en témoignent les restes romains qui y ont été découverts, et surtout comme le prouve le fait que Rue appartenait primitivement à la paroisse de Promasens.
En tout état de cause, la ville existait comme telle au moment où Pierre de Savoie devint maître du château et de la seigneurie, soit au milieu du XIIe siècle, ou peut-être fut-ce Pierre de Savoie lui-même qui lui donna son statut urbain ? Quoi qu’il en soit, dès 1271, (premiers comptes du châtelain, Jean Guersi, 18 octobre 1271-18 octobre 1272), le comte de Savoie perçoit à Rue l’impôt appelé la teyse ou la toise. Cet impôt foncier était spécifiquement urbain et se calculait d’après la longueur de la façade de la maison sur la rue. Ce terme de teyse était propre à la Suisse romande et à la Savoie. A Fribourg, cet impôt est appelé simplement census, en Franche-Comté, c’était le census arpennalis ou rapinalis.
En 1271, 1272, il est perçu à Rue 2 deniers par toise, et cet impôt a produit 24 sols ; en 1278, cet impôt est de 3 à 8 deniers par toise (probablement suivant le genre de construction) et il a rapporté 20 sols et 3 deniers au comte de Savoie.
Des bourgeois de Rue sont nommés sans les Calendes dressées pour le comte de Savoie en 1278 (les extentes contenaient la description et l’énumération de tous les droits du comte) : Rodolphe de Crêt, Pierre de Giez, Bertoud Alamany, Jaquet li Pellicers, etc.
En 1288, Louis l de Savoie, prenant possession du Pays de Vaud, fit faire une enquête sur les droits du métral de Rue : il y est spécifié que cet officier a le droit de percevoir une coupe de vin de chaque homme qui se fait recevoir bourgeois de la ville et lui prête serment.
Ainsi, il est certain que dès la seconde moitié du XIIIe siècle, en tout cas, Rue bénéficie du statut de ville. Isabelle de Chalon, dame de Vaud, veuve de Louis II de Savoie, confirma à la ville de Rue les franchises et les coutumes de Moudon, avec l’exception que les habitants de Rue ne doivent payer aucun droit sur les tavernes, boucheries, boulangers et cordonneries : c’est là la première mention expresse des franchises de Rue. Comme il ne s’agit que d’une confirmation, il est clair que la ville avait reçu auparavant des franchises, et celles-ci étaient celles de Moudon.
Lorsque le comte Vert, Amédée VI de Savoie eut pris possession du Pays de Vaud en juillet 1359, il s’empressa de confirmer les franchises de Moudon, Romont, Rue, Vaulruz et les Clées. Dans chacun de ces actes, le comte confirmer les franchises de Moudon, Romont, Rue, Vaulruz, et les Clées. Dans chacun de ces actes, le chancelier utilisa la même formule, disant que le comte confirmait les franchises octroyées par ses prédécesseurs, le comte Amédée V (qui régna sur le Pays de Vaud de 1285 à 1287), Louis II de Savoie, sire de Vaud, sa fille Catherine, femme de Guillaume de Namur et, si tant est que l’on puisse se fier à cette fromule, les franchises de Rue auraient donc été accordées par Amédée V en 1285, cela d’autant plus que ce fut toujours le droit de Moudon qui fut appliqué à Rue. Mais il ne faut pas perdre de vue que les franchises écrites octroyées par un souverain à une communauté existante consacraient toujours un état de fait préexistant : effectivement, Rue existait comme ville en 1271, et vraisemblablement antérieurement déjà.
Dès 1349, date de la première confirmation des franchises qui nous sont parvenue, ces franchises furent certainement confirmées par tous les souverains de la maison de Savoie, mais nous ne possédons plus que les confirmations d’Amédée VI (1359), Amédée VII (1384) et Amédée VIII (1400).
Que contenaient ces franchises ? Les textes nous apprennent fort peu de choses. Il faut penser que l’on vivait alors en pays de droit coutumier, de droit non-écrit, et que la coutume était suffisamment connue de chacun, spécialement des prud’hommes, des notables, qui étaient appelés à siéger avec le seigneur ou son représentant pour rendre les jugements : on pouvait donc se contenter d’une formule générale de confirmation.
Quelques précisions sont cependant indiquées. en 1349, Isabelle de Chalon confirme à Rue les franchises de Moudon, sauf quelques exceptions. Amédée VI confirme également à la ville de Rue en 1359 les mêmes privilèges qu’à Moudon. Le même jour, soit le 14 juillet, il confirmait également les franchises de Moudon, Vaulruz, les Clées, Romont, spécifiant pour ces trois dernières villes l’identité de leurs franchises avec celles de Moudon. De plus, il délivrait à Romont, toujours le même jour, une copie des franchises de Moudon, octroyées à cette ville par Amédée V en 1286. Il est possible qu’une pareille copie ait aussi été délivrée à rue, Vaulruz et les Clées, mais ces actes n’ont pas été conservés.
La confirmation d’Amédée VII, 1384, ne fait que se référer aux franchises de Moudon. La même année, il confirme que Rue ne doit la chevauchée que pendant huit jours, aller et retour. En 1391, il accorda à Moudon, Romont, Rue, les Clées, Yverdon, Corbières, Morges et Nyon le droit de n’envoyer pour le service militaire que les hommes qui seront désignés par le châtelain assisté de quatre ou six prud’hommes. En 1399, Amédée VIII accorde le droit d’affouage et de pâquerage dans la forêt d’Ardraz. En 1400, le même Amédée VII accorde le droit de percevoir l’ohmgeld sur la route du vin.
Mais que contenait la charte de Moudon, applicable à Rue ? Tout d’abord la règle essentielle qui veut que le seigneur jure qu’il respectera les privilèges et les coutumes de la ville : le seigneur limite donc sa puissance, il n’est pas un souverain absolu. Les bourgeois de leur côté, doivent prêter serment de respecter les droits du seigneur. Cet échange de serments eut régulièrement lieu à l’avènement de chaque nouveau seigneur, et dans la pratique du Pays de Vaud, née d’une fausse interprétation de ce premier article de la charte moudonnoise, le serment du seigneur a toujours précédé celui des bourgeois.
Cette charte contenait ensuite des dispositions sur le statut des étrangers et la police du marché et des foires, la justice pénale, les réceptions bourgeoisiales, un tarif des amendes, les usuriers, les redevances dues au seigneur (nous avons vu qu’à Rue, les aubergistes, bouchers, boulangers et cordonniers en sont dispensés.
La charte ne contenait donc aucune règle précisant l’organisation municipale : elle prévoyait l’autonomie judiciaire, elle préservait de l’arbitraire du seigneur, elle favorisait le commerce, elle limitait les obligations financières et cela suffisait alors aux bourgeois.
L’ORGANISATION MUNICIPALE
Faute de documents (les registres des Conseils de Rue ne sont pas conservées, et en partie seulement, que depuis 1629), il est impossible de savoir exactement quand et comment s’est constituée l’organisation municipale de la petite cité.
Les débuts furent certainement les mêmes que dans les autres villes du Pays de Vaud. Malgré les franchises et bien que Rue bénéficiait du titre de « ville » ses bourgeois et ses habitants étaient avant tout les sujets de leur seigneur, et l’idée d’une véritable autonomie communale ne pu maître que bien lentement.
Aux XIIIe et XIVe siècles, il n’existait certainement que l’assemblée des bourgeois, l’assemblée communale actuelle, qui discutait des intérêts généraux de la ville et chargeait un certain nombre de bourgeois pris parmi les plus capables ou les plus influents, de mener à bien une affaire déterminée, par exemple une démarche auprès du seigneur ou d’une autre communauté. D’abord en nombre indéterminé et appelés occasionnellement , ces mandataires
Appelés prud’hommes ou coutumiers, devinrent peu à peu une institution permanente, élue à date fixe et en nombre déterminé : ce fut alors le « conseil » de la ville, véritable organe exécutif et représentatif de la ville.
Au XVe siècle, les conseils existent dans toutes les villes du Pays de Vaud, mais le nombre de conseillers est encore instable : dans une même ville, il varie parfois assez fortement d’une année à l’autre. Finalement, il fut presque partout fixé à 12 bourgeois dès le début du XVIe siècle, sans que la conquête bernoise et fribourgeoise ait rien changé à cet état de choses.
Mais au XVIIe siècle, l’organisation communale de Rue est bien plus complexe, analogue à celle que nous trouvons à Romont. Le Conseil ordinaire est composé de 12 membres : c’est l’organe exécutif qui expédie toutes les affaires courantes.
Les ordonnances de police sont rendues par le Conseil des 24, composé du Conseil ordinaire et de 12 autres bourgeois. Il est possible que ce Conseil des 24 ait la même origine que les « adjoints » institués à Moudon en 1530 ou à Estavayer en 1576 pour élargir la composition de Conseil et donner satisfaction à certains mouvements de population dont il est difficile maintenant de saisir la portée.
Le Conseil des 40, enfin, est composé des deux conseils précédents, plus les 24 autres bourgeois, soit 48 membres. Il s’occupait des affaires les plus importantes, telles que les statuts communaux et les questions financières ou commerciales. Ce Conseil semble avoir disparu dans la seconde moitié du XVIIe siècle et ses attributions voir été exercées dès lors par le Conseil des 24.
Deux assesseurs étaient en outre adjoints au Conseil ordinaire et 6 au Conseil des 24 : ils sont spécialement des vérificateurs des comptes des gouverneurs.
Ces conseils sont nommés par la Généralité, c’est-à-dire par l’assemblée générale de tous les bourgeois. Cette Généralité s’assemblait une fois par an, à la Sainte Walpurge (1mai) ou quelques fois le dimanche précédent, pour l’élection des conseillers et la nomination des fonctionnaires.
Le banneret est le premier magistrat de la ville : il préside les conseils et surveille toute l’administration communale. Il est choisi alternativement dans les familles de Maillardoz et Bottolier.
L’hergros (romanisation et abréviation des Herr Gross Weibel) était le grand-sautier, chef de la police de la ville. Cette même terminologie était également usitée à Gruyères.
Le gouverneur, appelé aussi syndic ou tuteur, est le trésorier de la ville. Il rend ses comptes chaque année, sous le contrôle du banneret, du secrétaire de ville, de l’hergros et de quatre vérificateurs, dont deux représentent le Conseil ordinaire et deux le Conseil des 24.
Le secrétaire de ville, comme notre secrétaire communal actuel, tient le procès-verbal des Conseils qu’il consigne au Manual (à Rue, on l’appelait le Manuel) et fait toutes les écritures, correspondances etc… de la ville.
Les conseillers sont élus pour une année : le banneret et l’hergros sont nommés pour 5 ans ; le gouverneur, l’hospitalier et le recteur de l’église pour 3 ans ; les mussiliers (gardes champêtres et l’inspecteur des caves pour 1 an. La nomination du secrétaire de ville est faite pour une durée indéterminée.
Les calanges – L’assemblée des bourgeois de la Sainte-Walpurge était l’occasion, tous les deux ans, de la censure des bourgeois (corrections charitables, charitables avertissements), et, depuis 1762, calanges ordinaires) ; le Conseil examinait la vie privée et publique de tous les bourgeois et adressait à chacun les admonestations que sa conduite paraissait rendre nécessaires. Tous y passaient, aussi bien le banneret et le châtelain que le forgeron et le boucher.
Un conseiller n’était réélu que s’ il n’y avait rien à lui reprocher ; dans ce cas on mentionnait au manuel, à côté de son nom, les mots : « rien à dire » ou « admis ». En revanche, si la faute était grave, l’assemblée prononçait son exclusion.
Il faut constater que Rue s’est toujours donné un excellent banneret, et que Fribourg a toujours nommé un châtelain (lieutenant du bailli) exemplaire, car non seulement il ne leur jamais été fait aucun reproche, mais encore on leur adressait souvent des remerciements. Une seule fois, on sent une petite défaillance chez le banneret François-Pierre Bottolier, dont on dit, le 25 avril 1786 : « on est très content de lui, cependant, on lui recommande la fidélité de sa mémoire pour que les affaires de la noble bourgeoisie ne soient pas négligées ».
Jusqu’en 1747, on a régulièrement à se plaindre du secrétaire du secrétaire de ville, on lui demande plus diligent, de tenir le Manual secret, d’être plus exact à écrire les « plus » soit les décisions. Mais, depuis 1747, on est toujours satisfait de ses services. On peut se demander dès lors, si l’on a pas souvent à faire à des formules de style, car il paraît bien curieux que, les secrétaires se succédant, il y ait eu toujours à se plaindre d’eux jusqu’en 1747, et jamais plus depuis lors.
Quant aux bourgeois, membres du Conseil ou de la Généralité, les reproches les plus divers sont formulés à leur égard.
Aux conseillers, en général, on leur reproche de ne pas être assez assidus au Conseil : deux fois seulement cependant, on doit sévir : en 1647 à l’égard d’Humbert du Crest, sans que la raison en soit indiquée, et en 1727, Pierre Prylay, maréchal, est exclu de la Généralité parce qu’il avait dit : « le Conseil mangeait le bien de la Bourgeoisie mal à propos, à la perte des petits bourgeois » L’hergros Nicolas Conus fut admonesté en 1777 et en 1780 parce qu’il ne voulait pas mettre son manteau quand il était d’office.
Les bourgeois sont très souvent censurés pour ivrognerie, injures, vols de bois, batteries. Les autorités s’inquiètent également de la vie familiale et des mœurs, et veulent que chacun travaille. En 1731, Jacques Conus des Chavanettes devra « avoir soin d’élever sa famille au travail » et Pierre Favre n’est « admis » qu’à condition qu’il se conduise mieux. En 1736, le Conseil décide que Jean-Joseph Prylay « devra avertir sa mère de ne plus permettre que sa loueuse n’ouvre sa porte à des jeunes gens la nuit » et que les Brazold devront avertir leur mère également « de ne pas permettre à la jeunesse la fréquentation du jeu à heure tardive dans la maison » Citons enfin que le 1 mai 1751, le Conseil recommande à François Prylay « d’avoir patience avec sa femme ». Que de bonhomie et de sagesse dans cette simple exhortation. Le 1 mai 1790, le Manual dit : « on est content de vous tous ! Quel heureux pays à la veille de la Révolution.
La paroisse – Pendant des siècles, Rue ne fut pas une paroisse, et c’est là une preuve que la ville s’est construite que peu à peu sous la protection du château : Rue dépendait de la paroisse de Promasens, celle-ci très ancienne, puisqu’elle remonte peut être à la période franque ou au deuxième royaume de Bourgogne. Les curés en sont connus dès la seconde moitié du XIIe siècle.
Lorsque l’agglomération qui s’abritait au pied du château ne constituait pas une paroisse, le seigneur avait soin de faire construire une chapelle dans son château ou dans l’enceinte fortifiée de celui-ci. C’était le cas, par exemple, à Gruyères, à pont, à Chillon, ce le fut également à Rue.
L’existence de cette chapelle, sous le vocable de Saint-Nicolas, n’est attestée qu’en 1306 : le 8 octobre de cette année-là, Jean, évêque suffrageant de Lausanne autorisa le chevalier Richard de Prez d’élever une chapelle, soit un autel, dans la chapelle de Rue, en l’honneur de Saint-Nicolas et situé dans l’enceinte du château, et d’y établir un chapelain avec une dotation de 10 livres de rente. Le chapelain devait célébrer la messe à cet autel selon les intentions du donateur et habiter en la ville de Rue. Il ne lui était pas permis de revêtir les fonctions de vicaire, ni de desservir une paroisse, même pas celle de Promasens.
A cette époque-là, la reconstruction du château touchait à sa fin, et comme la donation de Richard de Prez est la première connue, il semble bien que l’on se trouve ici en présence de la fondation de la chapelle elle-même.
Cette fondation et les conditions qui y étaient mises portaient une rude atteinte aux droits du curé de Promasens, mais il donna son approbation parce que, pour éviter tout abus, l’évêque exigea que la messe soit célébrée au point du jour et que toutes les oblations déposées sur l’autel appartiendraient au curé, sauf les cierges, qui seront présentés pendant la messe.
En 1388, quelques bourgeois se réunissent pour aviser aux moyens d’améliorer le bénéfice du chapelain de Saint-Nicolas. Aymon (Gandillet) de Prez, donzel, donna sa maison située entre celle de Jean Trossel et celle d’Aymon (Gandillet) et y ajouta une rente de 100 sols ; Mermet Maillardoz donna une rente de 60 sols et son frère Nicolas 20 sols de rente ; Henri de Saint-Cierges une rente de 15 sols ; Richard de Ruerres, une rente de 10 sols ; Jean Pailard, une rente de 10 sols également. Le tout constituait un revenu de 215 sols. Le chapelain devait alors célébrer quatre messes par semaine.
Lorsque le 14 janvier 1417 les délégués de l’évêque de Lausanne visitèrent la paroisse de Promasens, celle-ci comptait 23 feux, soit environ habitants, « tous bons paroissiens dont aucun n’est excommunié ». Ils visitèrent la chapelle de Rue, où au contraire de ce qu’ils constatèrent dans de nombreux édifices religieux, il y avait peu de réparation à faire : aux chasubles, à la croix, à l’encensoir et aux tableaux. Le recteur de la chapelle était alors Jean Bron : il y existait encore deux autels, de la Vierge Marie, dont le chapelain était Jean de Dola, et l’autel de Saint Antoine, avec Thomas Chinuz comme chapelain.
En 1436, une nouvelle étape fut franchie vers l’indépendance de Rue, qui fut vraisemblablement l’aboutissement de pourparlers entrepris lors de la visite pastorale. Jusqu’alors, les paroissiens de Rue devaient porter leurs enfants à Promasens pour y être baptisés ; en raison de la distance, il y avait, surtout en hiver, de nombreux inconvénients, des dangers même pour la vie des enfants et des femmes qui les accompagnaient ; d’autre part, c’était à rue qu’était groupée la plus grande partie de la population de la paroisse.
Aussi, par cet acte du 18 avril 1436, Jean de Prangins, évêque de Lausanne, permit-il l’établissement de fonts baptismaux dans la chapelle de Rue, aux conditions suivantes : l’eau devra être bénite à Promasens aux jours prescrits et être transportée à Rue ; le curé de Promasens conservera les droits et honoraires ordinaires, soit le casuel ; le baptême devra être administré par le curé lui-même, ou un vicaire ou un chapelain, le cas de danger de mort de l’enfant excepté ; les paroissiens de Rue continueront à avoir les mêmes obligations envers l’église de Promasens. Etienne de Prez, curé de Promasens accepta toutes ces clauses.
Une nouvelle visite pastorale eut lieu le 28 mai 1453. La paroisse de Promasens avait alors 54 feux. On ne peut s’expliquer cette forte diminution de la population : peut être est-elle due aux épidémies de peste qui sévirent dans l’archevêché de Lausanne de 1434 à 1440, et spécialement à vevey et à la Tour-de-Trême en 1450-1451. Ou peut peut-être alors la population de Rue ne fut-elle pas comptée avec celle de Promasens et des autres villages de la paroisse ? Dans ce dernier cas, aurait eu en 1453 environ 40 feux soit entre 200 et 250 habitants.
Cette visite paraît avoir été faite beaucoup plus minutieusement que la précédente. Les visiteurs ordonnèrent l’achat d’un encensoir avec la navette et de chandelier, la réparation de divers ornements. La charpente, nue, reposait sur les murs de la chapelle, sans plafond, laissant ainsi tomber la saleté sur l’autel. Les fenêtres n’avaient pas de vitres. Il n’y avait ni tabernacle, ni lumière devant le Saint-Sacrement ; la saleté et les vers pénétraient dans les fonts baptismaux. Toutes ces réparations furent ordonnées dans divers délais assez courts.
Il existait alors trois autels : ceux de la Vierge et de Saint-antoine, et celui de la trinité, fondé par Mermet Maillardoz depuis la visite de 1417.
Cette visite de 1453 eut son importance non seulement au point de vue de la remise en état de la chapelle, mais surtout au sujet des rapports entre Rue et Promasens. En effet, par acte du 2 juin 1453, passé à Vaulruz (la visite pastorale eut lieu ce jour-là Vaulruz) les délégués de l’évêque de Lausanne déclarèrent que :
1. La chapelle de Saint-Nicolas, avec ses droits et rentes, devait être unie à l’église paroissiale de Promasens ;
2. Le curé devait avoir un vicaire à Rue, dans la maison qui lui était destinée, vicaire qui devait célébrer dans cette chapelle tous les dimanches et jours de fête, et y publier les mandements de l’évêque de Lausanne et du doyen de Vevey ;
3. Les paroissiens de Rue devront continuer à contribuer à l’entretien des bâtiments, du clocher, des cloches et des ornements de l’église de Promasens ;
4. Pierre Gonel, donzel de Rue, devra remettre au curé de Promasens, comme il s’y est obligé, une pose de vigne située dans la paroisse de Villette ;
5. Enfin, les paroissiens de Rue pourront toujours faire leurs confessions et baptêmes dans leur chapelle.
Pierre Gonel ne s’exécuta que le 21 juin 1456. Le curé de Promasens devait avoir ainsi deux vicaires, l’un à Promasens et l’autre à Rue. De ce fait, de nombreuses difficultés surgirent entre curé et paroissiens. En 1597, le Vicaire général dû sévir, et le bailli également.
En 1522, Guillaume Gonel, avec plusieurs parents et bourgeois de Rue fondèrent encore l’autel de Saint-Léger.
Vers 1620, enfin, la question de l’érection de Rue en paroisse fut sérieusement agitée. Les Augustins de Fribourg, qui étaient collateurs de l’église de Promasens, ne pouvaient plus pourvoir au service divin, des difficultés surgissaient de tous côtés, et Rue demanda l’érection de sa chapelle en église paroissiale indépendante. Les offices commencèrent régulièrement en 1621, mais l’acte de séparation de la nouvelle paroisse ne fut donné par le chanoine Schueler, Vicaire général, que le 3 avril 1638, après que les limites des deux paroisses eurent été déterminées par les baillis de Romont et de Rue.
En signe de reconnaissance de l’ancienne église-mère, les paroissiens de Rue durent payer annuellement 10 écus au collateur et recteur et 3 écus au curé de Promasens.
L’acte de séparation des deux paroisses prévoit qu’à l’avenir le Sénat de Fribourg jouira de droit de patronat et nommera les curés à chaque vacance, mais en fait, ce furent les bourgeois de Rue qui nommèrent leurs curés. Ainsi, ensuite du décès du curé Jean-Joseph Deschenaux, survenu le 14 mai 1752, « les dix nobles bourgeois, après avoir assisté à un office chanté ans l’église de Rue pour demander les grâces et lumières du Ciel, afin de faire un juste choix, agréable au Seigneur et utile à la paroisse, s’étant assemblés dans la Maison-de-Ville sous la présidence de M. Blaise Clerc, vicaire de Saint-Martin, à la place du doyen, par ordre de l’évêque, firent choix de M. Jean-Baptiste Marthe, vicaire à Sâles ».
Au milieu du XIXe siècle, la collature passa à l’évêque de Lausanne.
La chapelle primitive de Saint-Nicolas a évidemment subi de nombreuses transformations depuis la fin du XIIIe siècle ; mais, sur ce point, les documents font totalement défaut.
La nef et les chapelles furent reconstruites et l’église consacrée à nouveau le 17 juin 1735. Les chapelles formaient les nefs latérales : elles furent prolongées à la longueur de la nef centrale en 1874, ce qui agrandit notablement l’église et nécessita une nouvelle consécration le 11 mai 1875.
Fondations
La population de Rue n’ayant jamais été très nombreuse, il est naturel que les fondations à but
Charitable ou religieux n’aient pas été elles-mêmes importantes.
Une maison que l’on rencontre au Moyen-Age est la léproserie. Or, Rue n’en posséda pas, mais il y en avait une à Promasens. Le seul cas de lèpre connu à Rue est celui d’Agnès, femme de Jaquet Francis, en 1422. Cette année-là, Antoine Maillardoz, gouverneur de Rue (procurator et perceptor), agissant tant en son nom qu’en celui de toute la commune, dénonça cette pauvre femme à l’official de Lausanne, parce qu’elle était atteinte de cette terrible maladie. L’official cita Agnès devant lui le 17 juin et commit deux barbiers (chirurgiens) pour l’examiner ; ceux-ci inspectèrent la langue, le visage, la voix, le nez et toute la personne de la malade, et lui firent encore une saignée. Ils en conclurent qu’elle était effectivement atteinte de la lèpre. L’Official ordonna alors au curé de Promasens d’enfermer Agnès à la maladière, soit la léproserie de Promasens ou en un autre lieu désigné par Antoine Maillardoz si la malade ne veut pas demeurer dans la paroisse et ce dans un délai d’un mois. En cas de désobéissance, Agnès était déclarée (être) excommuniée et cette excommunication devait être publiée à l’église de Promasens. On ne connaît pas la suite des événements.
En 1344, Richard, fils de feu Etienne de Prez, chevalier (qui avait déjà fondé en 1306 un autel dans la chapelle de Saint Nicolas), légua des rentes que lui devaient diverses personnes, entre autre Martin de Rescho, d’Ursy et Perrod Baudin, afin qu’on distribuât chaque année, le jour de la Fête-Dieu, une aumône en pain et pois à tous les pauvres qui se présenteraient ce jour-là à Rue. Cette petite fondation n’existe plus.
L’h^pital fut fondé en 1601, par Jean, fils de feu Wendelin Meyer, bourgeois de Rue, qui, n’ayant pas d’enfant, donna tous ces biens pour ériger un hôpital à Rue, spécialement en souvenir de son père qui avait fait fortune dans le baillage. Comme Jean Meyer n’avait pas fait de testament, on cita les témoins des intentions du défunt, qui déclarèrent que, dans sa dernière maladie, il avait constitué Etienne Maillardoz et François Terreaux comme receveurs et gouverneurs de ses biens, à l’effet d’ériger un hôpital. Le tout fut confirmé par le Conseil de Fribourg le 19 septembre 1601. Jean Meyer était mort dans la fleur de l’âge, aussi la jouissance de ses biens fut-elle laissée à sa mère sa vie durant.
Les bâtiments furent incendiés en 1896, et sa fortune, qui était de 55.000 francs environ, fut versée au fonds des pauvres de la ville. Il est à noter que l’hospice du district de la Glâne, à Billens, avait été fondé en 1864 et ouvert en 1887 : il n’y avait donc plus de nécessité d’avoir un hôpital à Rue même.
Jean-François Braillard, de Saint-Martin fut chapelain de Rue de 1680 à 1685, puis curé de la paroisse jusqu’à sa mort, en 1722. Prêtre zélé, aimant ses paroissiens, il fit l’école pendant plusieurs années et donna également des leçons de plain-chant. Par testament du 10 février 1722, il donna une partie de sa fortune, qui était importante, à des parents, et du reste, il fit deux parts.
La moitié devait servir à apprendre un métier de « jeunes garçons pauvres et sages » de Rue ou de Saint-Martin, ceux de Rue ayant cependant la préférence ; un quart était donné à l’église de Rue pour des ornements et le dernier quart était attribué aux pauvres de la paroisse de Rue ; le curé de Rue était chargé de distribuer les rentes.
Actuellement, la moitié de la rente est affectée à des subsides d’apprentissage, un quart en faveur des pauvres de la paroisse et un quart est capitalisée.
Et pour terminer, une anecdote tirée des anciennes chroniques de Savoie. Une sœur de Pierre II de Savoie, le Petit Charlemagne, avait épousé Raymond Béranger, comte de Provence, dont elle eut quatre filles qui furent les femmes de quatre rois : Saint-Louis, Henri III Plantagenêt, roi d’Angleterre, Charles d’Anjou, roi de Naples et de Sicile, et Richard de Cornouailles, élu roi des Romains.
Le mariage d’Eléonore de Provence avec Henri III Plantagenêt établit de solides liens d’amitié entre le roi d’Angleterre et la maison de Savoie, spécialement avec Pierre II qui fit de longs séjours outre-Manche et y reçut les comtés d’Essex, de Richmond, une maison à Londres, sur l’emplacement de laquelle s’élève aujourd’hui le célèbre hôtel « Savoy ».
L’anecdote qui suit a dû se passer à peu près en 1251, lors de l’un des séjours du Petit Charlemagne à la cour de sa nièce.
« Un messager était arrivé auprès de Pierre de Savoie avec de graves nouvelles. Il le trouva en la chambre de la reyne Eléonore d’Angleterre qui jouait avec les dames à un jeu appelé : dites ce que vous portez sur le dos ? »
« Après avoir lu ses dépêches, le comte commença à rougir de grief et de mal talent, mais sans faire autre semblant et retourna vers les dames, lesquelles luy mirent sur le doz unz oreiller de plumes et puys luy demandèrent : que portez-vous sur le doz ?
- Je porte Rouve et les Clées en Vaulx.
- Vous ne répondez pas bien, dict la Reyne, bel oncle ! Si luy demandèrent encore les dames : que portez-vous sur le doz ?
- Rouve et les Clées en Vaulx.
- Ce n’est pas à propos que vous parlez, firent les dames, et de rechief luy demandèrent les dames les mesmes propos et ne leur voulut autrement répondre. Adoncques la Reyne qui estoit saige dame, cogneust que son oncle avait eu aulcunes nouvelles dont il était couroucé. Si le tirast un peut à part et luy demanda : quelles nouvelles avez, bel oncle ? Dictes le moy, je vous prie.
La-dessus, le comte demanda l’appuy du Roy d’Angleterre pour son expédition au pays de Vaulx. Cette ayde luy fux accordée, et Louis put s’emparer des place de Rouve (Rue) et des Clées, tant convoitées. »
Il est difficile de dater ce petit événement d’une façon bien précise. Il semble qu’il faille le situer entre 1251, date de l’hommage prêté par Rodolphe III de Rue à Louis de Savoie, et en 1252, date à laquelle Richard de Cornouailles fit don du château de Gümmenen au Petit Charlemagne.
En tout état de cause, ce petit récit, plein de saveur et de gentillesse, relève bien l’atmosphère de galanterie aimable qui régnait alors dans les cours royales, certainement plus policées que celles des petits seigneurs de nos contrées. Mais il fait surtout ressortit l’importance qu’attachait Pierre de Savoie à la possession des châteaux de Rue et des Clées, situés aux confins de ce beau Pays de Vaud qu’il venait de conquérir et qui était menacé par l’opposition des comtes de Kibourg.
La Lyre de Rue
« La Lyre » fut fondée par M. Théophile Perroud, instituteur, son premier directeur. Le 20avril 1884, la novelle société, bien encadrée par les fanfares vaudoises et fribourgeoises des environs, fêtait grandissement sa fondation. Nos musiciens ne portaient pas de coutumes, mais étaient coiffés de chapeaux uniformes.
En 1886, notre fanfare, accompagnée de son généreux parrain, M. Louis Bosson, ancien contrôleur des Hypothèques, faisait bénir la bannière qu’elle arbore encore de nos jours.
Dès ses débuts, elle fit preuve d’une belle activité. En 1887, elle prenait part à sa première Fête des Musiques à Bulle et décrochait sa première couronne de laurier, qui fut malheureusement détruite en 1913 avec d’autres documents de valeur lors de l’incendie de l’Hôtel-de-Ville. Pour complimenter nos musiciens, les Dames de Rue firent une magnifique réception aux « couronnés » et leur offrirent la corne symbolique.
Dès 1909, notre Société de Musique qui na plus de directeur attitré,n’est plus qu’une légende. Mais en novembre 1905, M. Bovet, instituteur, prend la baguette et sur l’initiative de son dynamique président, M. Jules Cochard, et son dévoué caissier, M. Louis Demierre, syndic, notre cher président d’honneur, grâce à la générosité de M. le Juge Antoine Bosson, d’Ursy, « la Lyre » achète en 1910, son premier uniforme.
Le 21 mai 1911, elle affronte avec succès le jury de la première Fête Cantonale des Musiques Fribourgeoises à Morat.
En 1922, la Société se choisit un nouveau directeur : le talentueux M. Louis Chenaux, instituteur à Promasens. Aussi n’est-il pas étonnant de voir défiler « la Lyre » fièrement à Morat, dans le cortège organisé lors du Tir Cantonal en 1923, et jouer en 1927 à Romont, dans la cantine de fête, à l’occasion du premier Tir.
En 1928, notre vaillante fanfare doit faire face à de graves difficultés financières qui mettent son existence en danger. Seuls les subsides communaux, le cran de son nouveau président, M. Louis Conus et le courage de quelques musiciens enthousiastes parviennent à sauver la société de la catastrophe. A ce moment, M. Surchat, instituteur assume courageusement la direction de la société et fait preuve de beaucoup de patience.
En 1950, M. Mugny prend la baguette. « La Lyre » connaît un renouveau d’activité, achète les anciens costumes de la Société de Musique de Prilly et reprend, dès le printemps 1951, l’organisation de concerts et de théâtre qui obtiennent un succès appréciable.
En 1951, grâce à l’appui financier de la population de Rue et ses amis, la Société est présidée par M. Louis Panchaud, renouvelle partiellement son instrumentation. Dès 1952, elle prend part à la réunion annuelle des Musiques Glânoises de Siviriez, de Villaz-Saint-Pierre, d’Orsonnens et du Châtelard.
En 1953, elle inaugure son tableau de membres et s’entoure d’une cohorte de membres d’honneur et passifs qui lui fournissent un très précieux appui financier et moral. Elle renouvelle ses sacoches en 1954 et en 1955, sous la présidence de M. Emile Bosson, organise sa première kermesse qui est couronnée de succès.
Le 23 avril 1956, entourée de drapeaux et des délégations des fanfares amies, des autorités, de ses membres d’honneur et passifs, de la plupart de des généreux donateurs et amis, elle fait bénir ses nouveaux uniformes par un de ses membres d’honneur, notre cher et vénéré Curé, M. l’Abbé Pichonnaz.
Journée de joie et de fierté, journée de profonde reconnaissance aussi envers tous ces chers bienfaiteurs.
Et enfin, pour clore cette historique, « La Lyre » organise le 3 juin 1956, la VIIIe fête des Musiques Glânoises.
Le nom de Rue
Le nom de Rue désigne à la fois la petite ville que nous connaissons et la famille féodale qui tira son nom de cette ville qu’elle gouverna jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Les armoiries portent une roue et les héraldiques s’expriment ainsi : parti de gueule et d’azur à une roue à huit rayons d’or, brochant sur le tout. Au milieu du XIIe siècle, le château était déjà construit et la seigneurie complètement organisée. Les seigneurs de Rue furent vassaux des comtes de Genève, puis passèrent sous la suzeraineté de la Savoie, en 1250. La ville de Rue devint fribourgeoise en 1536, en même temps que Romont. Elle commandait le baillage qui portait son nom. Il comprenait Promasens, Porsel, Saint-Martin, Le Crêt, Morlens, Auboranges et Bionnens. Elle fut le siège d’une préfecture de 1803 à 1848, et par conséquent, chef-lieu du district de Rue. En 1848, ce district fut rattaché au district de la Glâne.
Le château fut détruit vers 1235, mais reconstruit peu après. Il est actuellement la propriété de M. de Stoutz (ce texte date de 1962),ancien diplomate suisse. Au nombre des familles distinguées de Rue, citons les Gonel, et surtout les Maillardoz, déjà établis en cette ville au début du XIVe siècle. La famille Maillardoz est aujourd’hui originaire de Rue et de Fribourg.

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